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maze coletteLoin des écoles pianistiques qui reposent en grande partie sur la technique et la virtuosité, Colette Maze, ancienne élève de l’École Normale de Musique de Paris, privilégie le toucher du clavier, les couleurs sonores et l’évocation des images proposées par Claude Debussy. Colette Maze perpétue la culture et l’esprit d’une tradition française développés par Alfred Cortot et Nadia Boulanger. Elle nous restitue, avec rareté et bonheur, l’univers mystérieux, métaphysique et envoûtant de Claude Debussy.

Entretien avec Colette Maze :

Dans quelles circonstances avez-vous commencé à jouer du piano ?

À l’âge de cinq ans quand je reproduisais fidèlement sur le clavier que des enfants jouaient sur un piano situé dans l’appartement au-dessus du nôtre. J’étais issue d’une famille de haute bourgeoisie parisienne. Mon père, Léon Saulnier était industriel et ma mère Denise se consacrait plus à ses animaux qu’à mon éducation. Mais c’était l’usage en ce temps-là que les enfants soient éduqués par les nourrices et les préceptrices. Seule, ma grand-mère Claire Saulnier jouait du piano. J’ai eu de très mauvais professeurs de piano jusqu’au moment où je suis entrée à 15 ans à l’École Normale de Musique de Paris et c’est Alfred Cortot qui m’a placé dans la classe de Jeanne Blancart. J’étais comblée et émerveillée par la qualité de ces remarquables pédagogues : Nadia Boulanger enseignait l’histoire de la musique et Alfred Cortot assurait les cours d’interprétation. Il nous disait : «  Il faut que la musique fasse jaillir du feu de l’esprit et pas seulement des étincelles du clavier ! »

Quel était l’état d’esprit qui régnait à l’École Normale dans les années 30 ?

Il régnait un esprit familial et musical qui était opposé du Conservatoire qui dispensait un enseignement essentiellement axé sur la technique. L’enseignement de l’École Normale était fondé sur les humanités et reposait sur la connaissance de l’œuvre. Les professeurs nous demandaient de constituer un dossier conséquent sur le compositeur et l’œuvre à jouer. Cette recherche concernait aussi la connaissance de la littérature et de la peinture à l’époque de la composition de l’œuvre. C’était une approche sensible, artistique pour mieux comprendre dans quel moment de l’histoire l’œuvre avait été composée. Jeanne Blancart nous suggérait des images et développait notre imaginaire autour de l’œuvre à interpréter. La méthode Cortot était une véritable gymnastique inspirée du Yoga qui alternait le relâchement avec la force et la rapidité. Tous les muscles des épaules, des bras, des poignets et des mains devaient pouvoir entrer dans une décontraction immédiate.

Quels pianistes fréquentiez-vous à l’époque ?

Nadine Desouche, Hélène Boschi, Reine Gianoli, Thierry de Brunhoff et Samson François suivaient les cours de l’Ecole Normale et nous étions dans les mêmes classes. L’École Normale était un lieu de rencontres et d’échanges pour les jeunes pianistes que nous étions.

D’où vient cette passion pour Claude Debussy ?

Enfant, je jouais avec enchantement les Children’s Corner, cela correspondait à ma sensibilité profonde et j’ai interprété Debussy pendant toute ma vie. Debussy mêle la sensualité et la spiritualité et il transcende l’émotion vers la méditation. Il disait : « La musique n’est pas la reproduction exacte de la nature mais plutôt un mystérieux accord entre la nature et notre imagination. » Alfred Cortot insistait sur cette originalité, sur la recherche de la couleur et du timbre particulier à donner à chaque voix. Tout cela était inconnu dans la pratique du piano avant Debussy. Les Préludes de Debussy, par exemple, ne peuvent se rapprocher d’une forme classique, ils ressemblent tous à une improvisation. Je vais vous raconter une anecdote révélatrice de cet état d’esprit. Alors que Debussy venait de mourir, Cortot devait interpréter en concert ses 24 Préludes. Pour se rassurer, il décida de les jouer à Emma, la femme du compositeur. Après l’exécution, elle tomba en larmes dans les bras du pianiste, totalement bouleversée, ne trouvant plus ses mots pour exprimer son émotion et sa reconnaissance. C’est alors que Cortot, pour sortir de cette situation embarrassante, se tourna vers Chouchou, la fille de Debussy alors âgée de treize ans, et lui demanda : «  C’est ainsi que jouait votre papa ? » Après un moment de réflexion, Chouchou répliqua simplement : «  Non, IL ÉCOUTAIT PLUS. » Alors, voilà, disons que j’ai appris, au fil des années à écouter plus…

Vous avez publié trois albums depuis 2001 et votre dernier album qui vient de sortir a été enregistré à l’aube de votre centenaire. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

C’est mon fils qui m’a décidé d’enregistrer en 2001. J’avais enregistré un 33 tours dans les années 80 avec, entre autres, la Cathédrale engloutie, mais je n’avais peut-être pas conscience du caractère unique de mon jeu. Jouant depuis longtemps au moins quatre heures de piano par jour, cultivant un répertoire et m’entretenant physiquement grâce aux exercices de la méthode Cortot, un enregistrement ne présentait pas une difficulté particulière. J’ai eu aussi la chance de rencontrer une équipe technique qui m’a accompagnée avec amour et passion durant toutes ces années et pour ce nouvel album, Bertrand Cazé, guitariste et professeur de musique, m’a apporté toute son expérience technique et artistique. Ces enregistrements sont le témoignage de l’esprit de l’École Normale et peut-être une approche très française, voire impressionniste, de l’interprétation des œuvres de Claude Debussy.

Quels sont vous projets ?

J’aimerais beaucoup enregistrer les Images, deux cycles de trois pièces pour piano qui ont été composées entre 1905 et 1907. Le morceau Reflets dans l’eau est pour moi une œuvre qui reflète bien l’apport de Debussy à l’art du piano. Depuis deux ans, je joue avec beaucoup de plaisir les œuvres d’Astor Piazzolla. Ce n’est peut-être pas un hasard car il a pris des cours d’orchestre et d’harmonie dans les années cinquante avec Nadia Boulanger qui j’avais eue comme professeur à l’École Normale. Voilà, j’aime la danse, j’aime la vie, j’aime le piano !


Colette MAZE

Debussy

A l’aube de son centenaire, Colette Maze vous présente son troisième album sur Claude Debussy qui succède aux albums sur le Premier et le Second cahier des préludes publiés en …

Prix : € 9,90

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